Le vide sous les pieds. La couleur irréelle du Verdon, quelque part entre le turquoise et l’émeraude, 700 mètres en contrebas. Et ce silence que seul le battement sourd des ailes d’un vautour fauve vient briser. Vous avez déjà eu l’impression que la montagne vous regardait autant que vous la regardiez ? C’est exactement ce que procurent les gorges du Verdon, plus grand canyon d’Europe avec ses 25 kilomètres de falaises calcaires pouvant atteindre 700 mètres de hauteur.
Le problème, c’est que les gorges comptent plus de vingt belvédères officiels, répartis sur les deux rives. Lesquels valent vraiment le détour ? Lesquels les listes habituelles oublient systématiquement ? Voici notre sélection de dix spots, avec des avis assumés et des informations que vous ne trouverez pas ailleurs.
La Dent d’Aire : le belvédère qui vous met face au vide

Quatrième arrêt sur la Route des Crêtes au départ de La Palud-sur-Verdon, le belvédère de la Dent d’Aire est, sans hésitation, le plus majestueux du Grand Canyon. Depuis ce promontoire accessible en voiture via la D23, on embrasse d’un seul regard l’intégralité des gorges avec un à-pic de plus de 700 mètres sous les pieds. Ce n’est pas une exagération : c’est une réalité physique qui coupe littéralement le souffle.
Ce qui rend ce spot unique, c’est la présence quasi-permanente des vautours fauves. Ces grands rapaces, réintroduits dans la région dans les années 1990, adorent les courants ascendants qui montent de la falaise. Ils planent souvent à hauteur des yeux, à quelques mètres à peine. Venez à l’aube ou au crépuscule : la lumière rasante sur les parois calcaires transforme ce panorama en quelque chose de presque irréel. En plein été, en revanche, la fréquentation peut être importante, autant s’y trouver avant 9h.
Le Col d’Illoire : quand le Verdon rencontre le lac de Sainte-Croix

Situé sur la rive gauche, juste au-dessus du village d’Aiguines sur la D71, le col d’Illoire est le premier belvédère que l’on rencontre en arrivant côté Var. Son réaménagement récent lui a offert une plateforme dégagée avec quelques tables de pique-nique, mais c’est surtout la double perspective qui fait sa réputation : à gauche, le lac de Sainte-Croix dans toute son étendue bleutée ; devant soi, le ruban émeraude du Verdon qui s’enfonce dans le canyon à 300 mètres en contrebas. Par beau temps, on aperçoit même les champs de lavande du plateau de Valensole à l’horizon.
Ce belvédère est particulièrement magique au coucher du soleil, quand la lumière dorée vient baigner les falaises de la rive droite en face. Et si vous souhaitez passer une semaine au calme dans l’arrière-pays provençal, sachez que c’est en séjournant plusieurs jours dans la région que vous saurez saisir ces lumières changeantes, qui transforment chaque belvédère à chaque heure du jour. L’accès se fait facilement en voiture, avec un parking aménagé au col.
Le Point Sublime : le nom dit tout

À quelques kilomètres de Castellane sur la D952, le Point Sublime marque l’entrée officielle des gorges côté rive droite. Son nom n’est pas usurpé. Depuis le balcon suspendu au-dessus du vide, on domine le couloir Samson, porte d’entrée monumentale du canyon creusée entre deux parois verticales, avec la silhouette d’un géant de pierre sculptée dans la roche. La vue sur les méandres et les premières falaises est saisissante dès le premier coup d’œil.
Il faut compter une dizaine de minutes de marche depuis le parking payant (ouvert en saison) pour atteindre le belvédère, ce qui reste un effort minime pour un panorama aussi généreux. Ce spot est aussi le point d’arrivée du sentier Blanc-Martel, l’une des plus belles randonnées d’Europe, longue de 14 kilomètres au fond des gorges. Si vous arrivez tôt, l’auberge du Point Sublime propose une terrasse avec vue sur le canyon : l’arrêt s’impose.
Le Belvédère de Trescaïre : les premiers vertiges de la Route des Crêtes

Dès que vous vous engagez sur la Route des Crêtes depuis La Palud-sur-Verdon, Trescaïre vous accueille comme une gifle. Ce belvédère, décliné en version basse et haute, constitue les deux premiers arrêts officiels de la boucle de la D23. La particularité de Trescaïre ? Le paysage bascule sans prévenir. On passe d’une colline verdoyante au vide absolu, avec le Verdon qui coule près de 400 mètres à pic en contrebas. La transition est si soudaine qu’elle provoque un effet de saisissement difficile à décrire.
L’accès se fait directement depuis la route avec un parking aménagé, sans aucune marche. C’est l’un des rares belvédères des gorges qui convient parfaitement aux familles avec enfants ou aux visiteurs qui ne souhaitent pas randonner. Seul bémol : les barrières de protection y sont peu présentes, la prudence reste de mise avec les jeunes enfants.
Le Belvédère de l’Escalès : la falaise la plus haute des gorges sous vos pieds

Longtemps laissé à l’abandon, le belvédère de l’Escalès a été entièrement réaménagé en 2018. Il est l’un des rares sur la Route des Crêtes à nécessiter une courte marche d’approche d’environ 10 minutes, ce qui suffit à filtrer la foule. Une fois sur le promontoire, on se retrouve face aux hautes murailles calcaires de l’Escalès en vue plongeante. Ce secteur est l’un des hauts lieux de l’escalade dans le Verdon : si vous êtes chanceux, vous apercevrez des grimpeurs progressant sur les parois vertigineuses en face.
Le site est également connu pour ses highlines, ces sangles tendues entre les falaises sur lesquelles des slackliners avancent en équilibre au-dessus du vide. Ce spectacle, quand on y assiste, reste gravé. En haute saison, le belvédère attire du monde en fin de matinée ; arriver tôt le matin garantit à la fois la tranquillité et la meilleure lumière sur les parois.
Le Belvédère du Pas de la Baou : le bout du monde à l’est
Tout au bout de la Route des Crêtes, du côté de Rougon et du Chalet de la Maline, le belvédère du Pas de la Baou marque l’extrémité orientale du circuit. Moins connu, souvent ignoré des visiteurs pressés, il surplombe l’un des passages les plus étroits et encaissés des gorges : le Verdon disparaît presque sous les éboulis et les rochers serrés du canyon. La vue est plus intimiste qu’aux belvédères précédents, mais la sensation de se trouver au bout du monde compense largement.
À noter : la Route des Crêtes est fermée en hiver au-delà du Pas de la Baou en direction de la Maline. En saison, un petit parking permet de s’arrêter. C’est un spot qui récompense ceux qui font le tour complet de la boucle, sans s’arrêter uniquement aux spots les plus médiatisés.
Le Belvédère du Pont de l’Artuby : le canyon à la confluence de deux rivières

Sur la rive gauche, la Corniche Sublime (D71) mène jusqu’au pont de l’Artuby, pont en arc d’une hauteur de 182 mètres au-dessus de la rivière éponyme. Ce pont est le plus haut d’Europe utilisé pour le saut à l’élastique, mais ce n’est pas son seul intérêt. Depuis le belvédère qui le jouxte, on découvre la clue de l’Artuby, impressionnant ravin où la rivière plonge avant de rejoindre le Verdon un peu plus loin. La composition visuelle est unique dans les gorges.
Il faut bien distinguer la vue depuis le pont lui-même, qui donne sur la rivière Artuby en contrebas, et celle depuis le belvédère attenant, qui dégage une perspective sur le canyon du Verdon vers l’aval. Les deux valent le coup d’œil pour des raisons différentes. Un parking est disponible avant le pont sur la D71.
Le Belvédère de Rancoumas : face aux falaises de l’Escalès
Le belvédère de Rancoumas est l’un des secrets les mieux gardés des gorges. Situé sur la rive gauche, accessible uniquement à pied depuis le village de Trigance (environ 20 km aller-retour, 5h30, 940 m de dénivelé) ou depuis le Point Sublime (15 km aller-retour, 4h, 650 m de dénivelé), il offre une vue à 180° sur le méandre principal du Verdon. On y contemple, en vis-à-vis, les falaises de l’Escalès et de la Dent d’Aire sur la rive droite, avec les belvédères de la Route des Crêtes visibles comme de petits balcons accrochés à la parois d’en face.
Ce site est non sécurisé, sans barrière. L’idéal est de s’y trouver en fin d’après-midi, quand la lumière rasante accentue les reliefs des falaises de calcaire blanc. La solitude est presque garantie : peu de randonneurs acceptent l’effort nécessaire pour y parvenir. C’est précisément ce qui en fait l’un des panoramas les plus forts des gorges.
Le Belvédère de Plein Voir : une randonnée qui mérite son nom
Accessible uniquement à pied depuis le parking de Félines, sur la rive droite, le belvédère de Plein Voir est une destination pour randonneurs aguerris. Le tracé représente environ 9,85 km aller-retour avec un dénivelé positif de 756 mètres pour une durée estimée à 5 heures. La difficulté est classée élevée. La récompense, en revanche, est à la hauteur de l’effort : une vue imprenable sur le lac de Sainte-Croix et l’entrée des gorges, sans âme qui vive aux alentours.
Voici les informations pratiques pour organiser votre visite :
| Critère | Détail |
|---|---|
| Accès | Parking de Félines (rive droite, près de Moustiers-Sainte-Marie) |
| Distance | 9,85 km aller-retour |
| Dénivelé | +756 m |
| Durée estimée | Environ 5 heures |
| Difficulté | Difficile |
| Ce que l’on voit | Lac de Sainte-Croix, entrée des gorges du Verdon, panorama sauvage à 360° |
Le Col d’Illoire et la Chapelle Saint-Pierre d’Aiguines : deux belvédères pour un même coucher de soleil

Voici un comparatif que l’on ne trouve pas dans les guides classiques. Ces deux spots, tous deux situés à proximité immédiate du village d’Aiguines, offrent des angles complémentaires sur le lac de Sainte-Croix au coucher du soleil. Le col d’Illoire donne une vue large et dégagée sur le canyon et le lac, avec une orientation sud-ouest idéale pour les lumières du soir. La Chapelle Saint-Pierre, perchée sur les hauteurs du village, cadre davantage sur le lac, dans un écrin plus intime et patrimonial.
| Critère | Col d’Illoire | Chapelle Saint-Pierre d’Aiguines |
|---|---|---|
| Angle de vue | Canyon du Verdon + lac de Sainte-Croix | Lac de Sainte-Croix, vue cadrée |
| Accès | En voiture, parking D71 | À pied depuis le village d’Aiguines |
| Fréquentation | Modérée à élevée en saison | Faible, spot confidentiel |
| Moment idéal | Coucher de soleil, lumière dorée sur les falaises | Coucher de soleil, lumière douce sur le lac |
Notre avis tranché : si vous devez choisir, allez au col d’Illoire. L’amplitude du panorama et la double perspective canyon-lac n’ont tout simplement pas d’équivalent dans les gorges. La chapelle Saint-Pierre, elle, séduira ceux qui cherchent un cadre plus recueilli, loin de la route et du bruit des voitures. Les deux en une soirée, c’est faisable et franchement mémorable.
Les Gorges du Verdon ne se visitent pas, elles se vivent, un belvédère après l’autre, jusqu’à comprendre que c’est le vide qui sculpte les plus beaux paysages.



